Lundi 11 août 2008 1 11 /08 /Août /2008 22:47

« La femme à tête de sanglier »

(Manuscrit posthume de Simon Capital-Descroix, professeur honoraire à l'Université de Durenque)

Episode 20

 

23.54. Samedi soir.

Il fallait aller à la Nuit Folle comme indiqué par qui de droit. Julia était pas trop chaude pour bouger dans cette boîte à cons, car c’en était une, mais bon elle avait rien dit, satisfaite par la perspective de se faire rincer au Jack Da’ toute la soirée. Elle savait aussi qu’elle trouverait toujours un truc à ramener chez elle si elle voulait. En fait, elle avait dans l’idée de piquer son mec à une fille bien comme il faut, du genre à penser à avoir des enfants avec et tout et tout. Elle adorait écrabouiller avec une pipe bien placée ce type de débilitantes perspectives d’avenir. Il lui suffisait d’envoyer un copain faire une sorte de rapport détaillé à la fille un moment après, et Joschka était parfait pour ça, puis de jouir enfin, avec ce qui suivait. Une confiance brisée, même molle, c’est quand même quelque chose.

Elle voulait aussi voir à l’œuvre le nouveau Joschka. Ca lui avait souvent serré le cœur quelques secondes (jamais plus) de voir ce gentil imbécile se ramasser avec une fille. On savait rien qu’en le voyant regarder la salle ce qui l’attendait. Il repérait sa proie, allait la voir l’air pataud, revenait tout penaud et s’envoyait cul sec une bière – même chère – ou deux quelle que soit l’heure. Un pauvre mec en somme, mais jamais violent, juste résigné. Au début elle avait un peu honte de se trimballer avec celui que la moitié ou presque des filles de F. avait jeté, mais comme on se fait à tout – dixit Mémé –, ils étaient devenus amis. Et puis elle savait que les autres filles le respecterait un peu plus de la voir si proche d’une bombe comme elle. Elle pensait ça comme ça, sans fausse modestie, elle savait que sa relation avec Joschka intriguait, que c’était bon pour lui sans être mauvais pour elle.

Il avait changé maintenant, son Joschka. Il était pourtant toujours le même, mais il avait changé. Il possédait désormais une sorte de charme un peu irrésistible pour les filles, Julia sentait ça très bien. Pour elle c’était un peu insolite, comme s’il y avait un avant et un après. Avant quoi ? Avant qu’il gagne le gros lot l’abricotier, voilà. Mais ce n’était pas une question de fric à proprement parler, il avait de l’aisance, de la confiance, et son visage était comme changé aussi. Mais immédiatement reconnaissable pourtant, son couillu n’était pas lifté, non, non. Elle ne voulait pas croire qu’elle le regardait d’un autre œil du fait de sa nouvelle situation, c’était trop minable. Et pourtant c’était certainement ça : quoi d’autre sinon ? Mais le plan avec la fillette dans la boîte où ils allaient ? Ca collait pas, la nana le connaissait pas avant, c’était autre chose. Un pacte avec le diable, peut-être. Elle tourna ses yeux vers Joschka. Il conduisait avec une belle sérénité, il pensait à des trucs. Elle sourit. Le confort du camion – elle avait félicité Joschka de son choix –, son caractère spacieux fit ensuite venir en elle l’idée d’un truc à trois possible avec la poule à Joschka. Elle serait peut-être partante, quoique très certainement inexpérimentée. Faudrait voir.

Joschka de son côté effleurait gentiment la cuisse de son amie en trafiquant le lecteur CD. Il n’avait pas souhaité de chargeur dans le coffre, il aimait mettre les CD presque autant que les écouter : un peu le mouton dans la caisse du Petit Prince, mais pas seulement. Il avait bien prévu que chaque avance ou recule des plages, effectué manuellement, serait l’occasion de déraper de la main droite. Esprit pratique du type faisant sa lessive à la main et sachant bien que c’est toujours ça de pris. Les petites caresses presque chastes déridaient doucement Julia. Son chauffeur était content car elle était vraiment bien fringuée aujourd’hui. Elle avait mis une jupe courte noire et légère, avec un haut velours assez dénudé à fines bretelles et nombril à l’air, quelque chose comme rouge grenat avec un collier ras de cou en toc. Joschka se dit qu’il faudrait lui en payer un vrai bientôt. Dessus le tout, une chemise mousseline noire, bien transparente, nouée sous les seins (qu’elle avait moyens mais bien lourds et fermes). Des sandales cuir noir composées d’une bande large sur le dessus où brillait un petit dragon argenté et de talons pleins assez hauts complétaient le tableau. « A salopes de la Nuit Folle, salope et demi, couillu », avait-elle fort justement fait remarquer avant leur départ de chez elle.

Par Sacha Turnitoff - Publié dans : "La femme à tête de sanglier"
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Mercredi 25 juin 2008 3 25 /06 /Juin /2008 10:19

— Episode 19 —

 

C’était vide chez Paulo. Joschka et Julia commandèrent des pintes de 1664. C’était un truc entre eux. Ils étaient devenus copains avec cette bière, un soir où Playboy faisait chier en disant que la Heineken était meilleure, que la seize c’était Kro, que Kro c’était pour les prolos et que lui c’était un prince de la cuite et un roi du cul et qu’il faisait partie des obligations dues à son rang de boire ce qui allait avec. Julia l’avait envoyé se faire foutre en lui disant que de toutes façons les types qui picolaient de la bière, Kro ou pas Kro ils bandaient mou, que par conséquent si c’était pas une tapette, il boirait du whisky ou du rhum. Joschka avait ajouté que si elle était pas bonne la Seize, il avait qu’a pas s’en mettre vingt dans le cornet trois fois par semaine. L’autre avait répondu que quand y a que ça et ben on boit ça. Puis ils avaient trinqué, et Playboy avait repris sur un ton très paternel et protecteur sa conversation avec un jeune footeux sur la coupe du monde 78, celle de la deuxième finale perdue d’affilée par les Hollandais. Le jeune gars était venu on ne sait pourquoi sans ses potes – et n’aurait jamais dû. Pour la petite histoire, le jeune sportif avait ainsi fini la soirée dans la BMW de Playboy, une bite dans la bouche et des tourments à l’esprit pour toutes les douches qu’il lui restait à prendre avec ses coéquipiers durant la suite de son existence gazonnée...

Joschka et Julia aimaient à se cuiter la gueule ensemble. Des fois ils parlaient beaucoup, d’autres fois pas trop, Joschka finissait presque toujours par lui caresser un peu les nibards ou les fesses, ou les deux, l’autre trouvait que c’était gentil et que le bon Joschka ne méritait pas non plus d’être privé de l’intégralité de son corps à elle, corps qu’il désirait tant et plus, même s’ils faisaient semblant du contraire. C’était pas une comédie, c’était de l’amitié, de la vraie cimentée dans la mousse et le respect mutuel.

— Je suis quand même un peu vert que tu te sois fait troncher par Playboy, tu sais. Je l’aime bien, c’est pas la question, mais bon quoi, pas lui, je sais pas moi. Merde, tu mérites mieux ! Tiens ton con de Brian, là, il est bête comme une Budweiser, mais au moins il est gentil. Playboy c’est un chien avec les gonzesses. A croire que vous aimez ça.

— Deux choses Joschka. Un : oui, on aime un peu ça et puis deux : j’avais envie de savoir, enfin de juger par moi-même, tu vois ce que je veux dire. L’occasion s’est trouvée et voilà.

Joschka reprit le problème. Il n'avait pas vu les choses comme ça :

— Ouais, bon… ça je dis pas. C’est vrai qu’un bisexuel queutard comme ils sont pas deux cent dans le monde, ça peut rendre curieux, voire même curieuse, évidemment. Tiens, tu devrais même lui demander de te faire un gosse : ton vice et le sien, ça serait l’arrivée de l’Antéchrist, on rigolerait un peu… Mais enfin quand même…

— Oh écoute, ne sois pas jaloux. Allez, je vais te dire un truc pour clore le sujet, et ça va te faire plaisir : avec Marianne, on a les trois quarts de nos ex en commun… C’est comme un jeu entre nous. Alors tu vois, t’as sûrement de l’espoir.

— Tu veux dire alors que oui, peut-être, tu briseras l’anathème, qui me tient loin de tes bras, dit Joschka en chantant les bras écartés et l’air lyrique l’air de la chanson de l’autre nul. Allez, arrête de m’allumer.

— Mais non, ça se pourrait mon couillu, ça se pourrait… J’ai bien envie de participer à ton éducation moi aussi, puisque ça a l’air enfin parti... Marianne va faire de toi un bon coup, et moi je passe derrière, emballé c’est pesé. Tiens je saurai pourquoi je me lève avec des cernes le lendemain.

— Bon, on fixe ça quand ? fit Joschka l’air détaché et jeune-chien en même temps.

— Mollo le couillu, mollo, on verra tout ça, on verra. J’y penserai. Reste cool avec les filles. Tu sais, elles ont des poumons pour te plaire, mais il faut les laisser respirer.

Il s’enflammait un peu maintenant.

— Avec mon pognon, je te monterai une soirée délire, on ira dans un hôtel à 3.000 la nuit, on s’arrosera de champagne, on ira dans le bain à bulles, et je te mettrai une pétée comme jamais… Quand tu veux, ma salope, quand tu veux.

Elle était morte de rire :

— OK, OK, je peux plus reculer de toutes façons… J’aurai un peu l’impression de baiser avec mon cousin, mais si t’as des menottes et un futal en cuir, ça ira.

— Ton cousin…, ton cousin Victor ? Mais il te fourre pas tous les Noël après la bûche dans le garage de tes parents celui-là ?

— Si, c’est justement pour ça que je te dis ça, dit-elle en tournant son index entre ses lèvres…

Julia était vraiment une dévergondée : on pouvait toujours essayer de lui balancer les trucs les plus salaces qu’on puisse trouver, elle rebondissait quoiqu’il arrive. Une fois, Joschka lui avait même dit que son père ou sa mère devait lui mettre un peu le doigt sur la table à langer, que c’était pas possible autrement. Il avait pas eu le temps de se mordre la langue qu’elle lui répondait que pour la faire s’arrêter de pleurer, y avait que ça ou une sucette trempée dans le yaourt. Aucune moralité, donc : un cas désespéré de luxure caractérisée. Le pire c’est que si on savait qu’elle exagérait, on se disait aussi qu’il devait aussi y avoir du vrai.
De fait on savait qu’il y avait du vrai, et pas qu’un peu.

Anecdote : une fois Julia avait fait un apéro monstre chez elle pour arroser le départ de Brian le lendemain. Tous les deux n’étaient de toutes façons pas du style à sortir les mouchoirs à l’aéroport… A un moment donné, elle avait dit à Joschka (elle l’avait fait exprès la pétasse, évidemment !) d’aller chercher des glaçons au freezer. Et en fait de glaçons, c’étaient des capotes pleines et nouées qu’il y avait au freezer. L’autre chatte se faisait des Mr Freeze au foutre, non mais sans déconner… Julia lui avait dit qu’elle avait vu ça dans un Maurice et Patapon, le chien et le chat de Charlie, et que ça l’avait fait marrer. Mais le goût supportait pas la congélation, paraît-il… POURQUOI tu les gardes alors, espèce de folle du cul !?

Joschka et Julia, les deux pieds les deux mains dans la sauce, quel bonheur.

 

Par Sacha Turnitoff - Publié dans : "La femme à tête de sanglier"
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Dimanche 22 juin 2008 7 22 /06 /Juin /2008 15:16

Episode 18 


— Je suis pas prête, assieds-toi et sers-toi ce que tu veux, j’arrive.

A provocation provocation et demi, il se servit un Get : en plus ça lui camouflerait l’haleine goût Montbéliard.

Elle revint au bout de cinq minutes, et nota d’un œil amusé le liquide vert dans le verre. Joschka rebondit sur le regard en question :

— Comme ça, je pourrai dire que j’ai bu un “Get chez Julia” [le truc était célèbre, Joschka l’avait dit à tout le monde, et pas mal de monde le connaissait de toutes façons…. Ah ils s’étaient bien foutus de sa gueule les autres : « ha, ha, elle te l’as dit ? Et c’est tout ? ». Mais quels crétins…].

— Si ça peut te faire plaisir mon couillu, faut pas te gêner. Mais bon, entre nous, tu peux te la mettre sur l’oreille.

— Elle est assez longue pour ça.

— C’est pas ce qu’on m’a dit.

— Si tu croyais moins à ce qu’on te dit, tu ferais pas quinze tests de dépistage à l’année.

— Gros salopard de merde, rugit-elle sans animosité. T’es vraiment qu’une enflure, le couillu.

— Plus si couillu ma grosse, dit-il l’air narquois et le regard pensif, un peu à la Clint Eastwood au moment précis du film où il vient de comprendre comment il va pouvoir s’en sortir en cassant la gueule du méchant connard ET en baisant la fille. Enfin, en général à ce moment là il a déjà baisé la fille, mais bon on aura compris.

Elle le regarda avec curiosité et non sans intérêt, du genre « putain c’est Noël, Joschka est là pour me raconter un plan cul qui lui est arrivé !… ». Joschka se cala dans le fauteuil, satisfait : voilà exactement le genre de conversations à la hache pour lesquelles il adorait Julia. Le doux surnom de « couillu » trouvait ses origines dans une conversation d’un soir à 2,5 grammes, où Joschka avait essayé de faire comprendre à cette fille comment c’était désagréable et mortifiant de se trimbaler avec des couilles comme des abricots, ou, autrement dit, qu’est-ce que c’était concrètement que la frustration masculine. Julia l’avait tout à la fois plaint (elle était gentille, avec lui en tout cas) et charrié (elle était moqueuse) et avait décidé de lui donner de temps en temps du « mon couillu », déduisant cette appellation de la vie sexuelle objectivement insuffisante de son ami. Une vraie garce, quoi.

— Tu finis ton truc et on y va, ou tu veux qu’on discute un peu ici ?

— Ca te dit de te cuiter ce soir, toi ?

— Toujours, mais j’ai pas un radis.

— Pas le problème. On va quand même parler un peu ici d’abord.

Petit silence.

— Bon, voilà : j’aurais très envie de connaître ta copine Marianne. Tu peux faire quelque chose pour moi ?

Julia était déçue. Elle pensait que Joschka avait des trucs un peu consistants à raconter ou à lui demander et au lieu de ça, il voulait se faire brancher une fille avec qui c’était perdu d’avance.

— Mon pauvre Joschka, comment te dire, enfin, bon, je crois que t’es pas trop son genre tu sais.

— Ca non plus c’est pas le problème. Je te demande juste de me la présenter.

— Moi je veux bien, mais elle va en avoir rien à foutre. Enfin, si tu veux, on pourrait faire ça demain soir, je dois aller à l’Oeil de verre. Brian est revenu, il m’a appelé et il y sera.

— Très bien, comme ça je serai tranquille pour parler, pendant que tu pomperas ton kangourou.

Julia sourit, un peu de rose aux joues. Elle avait une fois dit à Joschka qu’elle adorait sucer Brian, même si ça se dit pas des trucs pareils. Julia les dit, elle. Elle parle d’une belle pièce un peu courbée, de belles couilles pleines de jus, et elle est contente. Brian était un con de bellâtre australien amateur de heavy-metal et plein de fric qui passait son temps à faire le tour du monde. Il avait un jour atterri à F. et s’était retrouvé presque aussi sec à boire un Get 27 dans un certain canapé. Julia disait qu’elle l’aimait bien car c’était un mâle puissant, assez limité par ailleurs, mais pas envahissant, c’est-à-dire du genre pas sentimental ou à s’incruster, mais à arriver à l’heure aux rendez-vous. Un objet parfait, pour qui Julia était aussi un objet parfait. Un bonheur en somme, comme il y en a d’autres.

La sonnerie du téléphone retentit. Julia décrocha et emporta le combiné à la cuisine, elle faisait toujours ça mais ça ne servait à rien car on entendait tout, vu qu’il y avait trois mètres et pas de porte entre le salon et la gazinière où elle posait ses fesses, le combiné dans les cheveux et la tête penchée. Sauf quand c’était sa mère : là elle s’énervait en faisant les cent pas dans la pièce.

— Ouais ? Oh, salut ma grande. Comment ça va ? Oui oui je passe demain. Ouais ? Qu’est-ce qui t’arrives ? Hein ? (petit blanc). Euh, Joschka pourquoi ? … (un blanc : l’autre explique). Non rien, c’est juste que… enfin bref non rien ça me faisait penser à un truc. Ben écoute, je peux lui dire de passer demain avec moi. Hein ? Ouais je sais, Brian est dans les parages. Ca tombe bien j’ai un nouveau string rouge. (gloussement. Un blanc : l’autre fait une allusion bien salace). Ouais, ouais, et ça c’est qu’un début ma vieille. Bon à demain alors. Allez, ciao.

Dévergondées, alors.

Julia revint et dévisagea Joschka bizarrement. Elle était sciée d’entendre sa copine Marianne l’appeler exprès pour lui dire d’amener Joschka dans ses poches le lendemain. L’autre avait du le voir deux fois, tout juste si elle lui avait fait la bise, et voilà que d’un coup elle le voulait. Car Marianne ne faisait jamais cette sorte de demande sans des idées claires derrière la tête. Elle était sciée.

— T’en fais une tête, c’était qui ? demanda Joschka, sachant que Julia était toujours persuadée que ses conversations téléphoniques étaient incompréhensibles à son entourage, notamment grâce au repli stratégique dans l’office.

— Ben tiens toi bien, c’était justement Marianne qui me demandait comment s’appelle ce pote à moi un peu bizarre et toujours tout seul, enfin toi quoi… Juste quand tu m’en parles… c’est marrant quand même les coïncidences.

— Aucune chance, hein ? fit Joschka narquois.

— Ben au temps pour moi mon gros. Félicitations, tu vas pas t’emmerder demain soir toi.

— Je vais pas m’emmerder ce soir non plus. Je dois retrouver une jeunette à La Nuit Folle.

Julia ne comprenait plus rien.

— Tu m’expliques un peu là ?

Joschka commença à lui expliquer : qu’effectivement sa vie avait changé. Maintenant il était libre de tous ses mouvements, libre de toutes ses envies, et il pouvait même se soulager avec son fric. Pas de pression. Il lui parla un peu de Olga. Il était plus détendu avec les filles et avec les gens en général. Il était toujours bien habillé de propre, pas emmerdé par son patron la journée, etc. Tout allait bien, il avait la latitude de faire tout ce qu’il voulait, et il le faisait. En gros, il lui donna un os crédible à ronger, mais ne lui dit rien du tout sur le fond. Julia réfléchit un moment.

— Et alors, t’en as tué combien des filles ?

La question troubla Joschka une demi-seconde. Mais non, elle ne pouvait pas savoir.

— Pourquoi tu dis ça ?

— T’avais dit plusieurs fois que si tu pouvais tuer des nanas pour de vrai t’arrêterais pas, qu’elles le valaient bien, tout ça… Alors je voulais juste savoir si c’était du projet de pauvre type à moitié saoul, et bien au fond du trou, ou si tu pratiquais maintenant que tu pouvais tout faire.

Elle se foutait un peu de lui, là. L’ironie facilement décelable de son ton rassura Joschka pour de bon. Comment aurait-elle pu savoir, de toutes façons ?

Il conserva son petit air “clintesque” et mystérieux. Il sentait qu’il l’améliorait à chaque fois qu’il l’utilisait.

— Il y a des choses que tu n’as pas besoin de savoir. Pas pour le moment. On y va se les jeter ces bières chez Paulo ?

– OK on y va, j’arrête de te charrier.

Par Sacha Turnitoff - Publié dans : "La femme à tête de sanglier"
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Mardi 17 juin 2008 2 17 /06 /Juin /2008 13:10
(manuscrit posthume de Simon Capital-Descroix)
— Episode 17 —

L’appartement de fonction était une vraie niche de riche. L’entrée donnait sur un hall avec placard, porte-manteau, reproduction de Kandinisky. De là on arrivait dans un salon aux fauteuils modernes mais épais, gris très foncé, qui suivaient l’angle de la pièce – on devait pouvoir tenir au moins à douze là-dessus. Le salon devait bien faire cinquante mètres carrés, avec une cheminée habillée d’aluminium brossé, très mat. S’y trouvait tout ce que l’on pouvait désirer : ensemble vidéo et Hi-Fi, étagères d’ébéniste en bois brun sur presque toute la surface murale, garnie des disques de Joschka, des livres de Joschka, et de bien d’autres venus d’on ne sait où. Il y avait un peu de tout, même du vieux jazz et du Roger Martin du Gard, c’est dire. En plein jour, la pièce était éclairée par une verrière de trois mètres de large donnant sur une grande terrasse bordée de plantes vertes assez hautes. L’appart était au dernier étage de l’immeuble, sans vis-à-vis. Le reste du logis était à l’avenant : cuisine suréquipée, avec frigo américain plein à ras bord de bonnes choses : saucisses de Francfort, de Montbéliard, de Morteau, grande variété de bières à température – hop, capsule. Il y avait aussi une salle de bain en mosaïque verte, et deux chambres à coucher, dont la plus grande, celle du maître de maison, était pourvue d’un lit 2x3 mètres. Les placards regorgeaient de toutes les fringues possibles. L’autre chambre était plus petite, avec deux lits d’une place rapprochés. L’appart continuait ensuite avec une espèce de salle à manger, disons une pièce boisée et cossue avec une grande table ronde au milieu et des étagères de vieux livres tout autour. Comme dans les autres pièces, il y avait là un tapis très bien choisi, qui devait à lui tout seul valoir six mois sentir la friture et le graillon au Petit Poisson. De là, on avait le choix entre deux portes. L’une menait dans un cabinet de travail avec ordinateur tip-top tout équipé, armoires, dossiers suspendus etc... L’autre porte s’ouvrait sur une salle vide, où les vieilles briques avaient été laissées apparentes. En voyant, au niveau de la porte, l’épaisseur du mur, Joschka se rendit compte que l’aspect ancien relevait de l’illusion parfaitement réussie : cette pièce d’une douzaine de mètres carrés entièrement nue était en fait dotée d’une isolation sonore à toute épreuve. La porte était lourde, épaisse, capitonnée et siglée d’un autocollant « Kosto – Systèmes de Sécurité & Blindage » tout à fait rassurant. Il sortit en fermant derrière lui. Le logis était donc très bien adapté aux désirs de Joschka, mais il s’y sentit un peu mal à l’aise. Ou plutôt : il se dit que le Joschka d’avant s’y serait senti mal à l’aise. Trop grand, trop silencieux, trop inconnu. De fait, lui se laissa assez vite gagner par l’ambiance, et s’y plut tout à fait au bout d’une vingtaine de minutes. Assis sur le divan gigantesque, deuxième bière en cours, il fixait pensivement les éléments qui remplissait la table basse en verre et fer forgé rougeâtre. Il remarqua alors deux choses : une espèce d’enveloppe marron (sûrement les infos sur la fille), et un petit coffre en bois clair, tout carré, qui contenait du haschich. Un pétard aux lèvres, Joschka décida de se mettre au travail.

***

 « Marianne Stimmel. Informations diverses (10/03/1998). A l’attention de Joschka. Agée de vingt-cinq ans environ, brune, cheveux mi-longs, 177 cm, 90-62-89, yeux bleus clairs, race blanche [Marianne est une bombe…]. Travaille à l’Oeil de Verre, bar gothique au centre de F. Bisexuelle. Vieille amie de Angélique Ménorel [LA Angélique…]. Activités parallèles connues : meurtre ». Joschka l’avait vue une ou deux fois, la fille en question ; du genre très belle, méprisante et inaccessible. Il allait falloir que ça change. Julia, la petite goth marrante et mignonne qui venait des fois se faire un délire rustique Chez Paulo, la connaissait cette Marianne. Et comme Joschka et Julia était les meilleurs amis du monde… On devait cependant encore lui cacher des trucs, mais le feuillet n’en disait pas plus. Il s’endormit à même le canapé, engoncé dans l’intense sensation de sécurité qui se dégageait de sa nouvelle demeure.

***

Joschka se réveilla a 13.58, heure exacte affichée par l’horloge digitale qui égrenait un temps hi-tech sur la télé.
Douche.
Café et brioche.
Quatre saucisses de Francfort et deux oeufs.
Une pomme, trois abricots.
Bière Löwenbrau, la Bavière dans ton verre.

Il lui fallait se préoccuper de cette Marianne.
Deux leviers à manœuvrer, 1) Julia, et 2) Angélique.
Il décida d’appeler Julia. Celle-ci décrocha presque instantanément, la voix embourbée, l'intonation fangeuse :
— Ouais ?
— Salut Julia, c’est Joschka ici.
— Ah putain Joschka, comment tu vas ? Play boy m’a dit que t’étais devenu milliardaire ou je sais pas quelle conneries…
— C’est vrai Julia, c’est pas des conneries.
— Nom de Dieu, putain Joschka, mais t’es… t’es… t’as le cul pourri ma parole ! Et depuis quand tu joues au loto d’abord ?
— On ne sait jamais tout sur les gens, Julia, tu sais.
— Oui, c’est sûr, la nana du Planning Familial me le disait d'ailleurs l'autre jour... Mais alors dis-moi, [elle riait] tu pourrais me payer mon loyer ?
— Tout ce que tu veux ma fille, ça et bien plus encore. Mais d’abord, j’ai besoin de te voir. Dans demi-heure Chez Paulo, si ça te fait pas chier d’y retourner.
— Mais non, au contraire, ça fait une éternité que j’y ai pas foutu les pieds.
— Mais t’as pas dit que t’avais vu Playboy ?
— [évasive] euh, non, tu sais, je l’ai pas vu là-bas il est passé boire un coup hier soir.
— Un Get ?…
— Possible…
— OK, ça me regarde pas de toutes façons. A tout à l’heure.
— Tu passes me chercher ?
— Pas de problème, à tout de suite.

Julia avait un jour dit à Joschka qu’elle offrait toujours un Get 27 aux mecs qu’elle avait envie de mettre dans son plumard : « Au moins comme ça, ils sentent un peu la menthe et pas le pastis & cacahouètes ou le kebab ». Ainsi Julia s’était tapée Playboy. Quel enfoiré celui-là. Car Julia était séduisante : elle disait souvent à Joschka de passer boire… une bière chez elle, elle aimait bien sa compagnie. « Tu me fais rire, Joschka, et t’es un type bien », lui avait-elle glissé une fois. Julia aimait bien rigoler, ce qui n’allait d’ailleurs pas sans lui poser quelques problèmes dans le versant goth de son existence. Elle devait passer dans ces soirées folklo-macabres pour quelque chose comme une social-traître, pour reprendre une expression de feu Sophie… Du coup qu’elle lui avait dit des gentillesses, et qu’en outre elle était plus que chaude de son axe, Joschka s’était senti autorisé à tenter sa chance, perdant ainsi une occasion d’éviter un râteau aussi poli et qu’un peu gêné. Pas grave, leur complicité s’en était bien vite remise. Mais Joschka avait souvent l’impression que Julia (qu’il appelait aussi Ozzy ou Alice, comme Alice Cooper, juste pour la faire chier) aurait bien aimé savoir s’il avait encore envie de la sauter. Les filles aiment les amis masculins, mais pour que ça arrive, il faut qu’elles soient sûres qu’il n’y a pas de ce qu’elles appellent des « ambiguïtés » entre eux. Les « ambiguïtés » en question relèvent de ces choses que les mecs considèrent pour la plupart comme des trucs sains et normaux. Après, on trouvera toujours les contre-exemples si on a décidé de les chercher. Mais d’où la guerre des sexes pluriséculaire. Guerre longue, mais guerre froide entre gens bien élevés, le mec faisant bien semblant et la fille aussi ma foi, les deux arrivant ainsi peut-être à y croire, ce qui est somme toute le principal, bien plus comme toujours que la vérité profonde du machin. Joschka gara le camion à deux pas du petit appart de Julia. Il monta et sonna.
Elle ouvrit, à moitié à poil.
Une petite pute.
Par Sacha Turnitoff - Publié dans : "La femme à tête de sanglier"
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Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /Mai /2008 21:20
Par Sacha Turnitoff - Publié dans : Extra-liens
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 22:46

« La femme à tête de sanglier », épisode 16

(manuscrit posthume de Simon Capital-Descroix)

 

Il n’eût pas à attendre longtemps. Une espèce de berline allemande fin années 80, Mercedes 280 SL ou quelque chose comme ça pointait au bout du parking. Blanche, luxueuse mais miteuse, une caisse d’exploiteur de beau sexe. Ils s’arrêtèrent évidemment brusquement devant le corps tiède d’Olga. Ils étaient quatre, un petit gros et trois types assez épais et pas trop grands. Yougos, Bulgos et compagnie… Dire qu'ils pouvaient pas se sacquer entre eux, fallait-il vraiment qu’ils soient demeurés, pensa Joschka. Ah si Berti avait été là… La prochaine fois peut-être.

Ils avançaient maintenant en ligne, flingue au poing, vers la voiture, attentifs.

Quand ils furent assez éloignés de la voiture, bien à découvert, Joschka se mit d’un coup sur ses genoux et arrosa avec précision les quatre enfoirés de bouffeurs de chèvre. Pris par surprise, les deux premiers s'écroulèrent d’entrée ; les deux autres étaient touchés aux jambes et ripostèrent avec leurs flingues. Joschka s’abrita pour laisser passer la rafale.

« Ils doivent être dégoûtés, les mecs », pensa Joschka à mi-voix.

Il jeta un œil et vit que les deux tireurs étaient à moitié par terre : ils étaient bien touchés, du mal à tenir debout. Joschka ôta le silencieux du Magnum et fit feu sur l’un des deux. Touché à la poitrine, raide. L’autre, le petit gros, devait maintenant baliser sévère. Il tirait n’importe comment, complètement paniqué, le genre de petite frappe incompétente lâchant des balles perdues et pouvant faire mal à des gens sans même l’avoir vraiment fait exprès.

Le vrai minable, quoi.

Joschka visa son bras de tireur, le frappa, et fit rouler par terre la carpette au yaourt.

Le type se tordait de douleur, Joschka décida d’aller voir si il y avait moyen d’en tirer quelque chose. En marchant, il se rendit compte que le deuxième sur la liste des refroidis bougeait encore un peu. Le petit gros était quasiment clamsé par contre. Tout en intimant gentiment par un index sur la bouche à son nouveau copain – Piotr ? va pour Piotr… – de la boucler bien comme il faut, Joschka s’approcha successivement des trois autres types et leur vrilla la cervelle à bout portant.

Piotr gesticulait tellement qu’il en devenait pénible : une vraie larve, à se trémousser ainsi. Il ne faudrait pas prolonger ses affres indûment, ce serait dégueulasse et pas régulier.

— Qui est votre patron ? Qui est Boss ?, tenta le seul tueur véritable du petit comité improvisé.

L’autre bafouilla un charabia non seulement incompréhensible, mais en plus narquois, du genre vas-te-faire-foutre-connard. Bang, bang, une balle dans chaque genou.

« Ecoute-moi bien, espèce de pourriture slavophile, t’as peur de ce qu’il va te faire, ton patron, t’as peur de crever ? Tu vas y rester de toutes façons, saucisse. Mais tu peux crever maintenant, très vite… Alors dis-moi tout, sinon je vais vraiment me fâcher… Qui est Boss ?

— Fffff…fff…

— Fredo ? Fédor ? Forest ?…

— Ffffuck off…, râla l’ami-boulgour.

Pauvre con, à se prendre pour un méchant de polar, il allait vraiment finir par avoir des emmerdements.

— Ca t’aurais pas dû l’ami, t’aurais vraiment pas dû…

Joschka soupira.

— Bon, puisque tu m’as l’air anglophone, on va essayer comme ça : again and for the very last time, Who’s the boss ?

Mutisme.

Ca suffisait. Joschka le traîna – putain d’âne mort – jusque derrière le camion, et alla fouiller dans l’attirail de la boîte à gants. Il allait le gâter, petit Piotr.

Il lui enleva son froc, une contrefaçon Armani, après l’avoir menotté à un bâton des jantes du carrosse. Il avait des bonnes grosses couilles, et une bite assez petite et très foncée. Le peu de conscience qui restait au bonhomme lui servait maintenant à être épouvanté, il se marrait pas. Joschka devait d’ailleurs se dépêcher de le faire morfler, car il était vraiment plus très bien le gars. Il prit le lacet et, assis sur les cuisses inertes de la victime, il le passa en nœud coulant autour des gonades, et tira d’un coup sec. Il eut l’impression que les yeux du type allait jaillir de leurs cavités.

— Draaagaaaann !

Dragan, donc. C’était bien des Yougos.

En suite, toujours en maintenant de son poids les tressautements de pauvre Piotr, il versa trois gouttes d’acide sur son endommagée virilité. Le mec poussa un cri effarant en fixant les yeux de Joschka, le hurlement du type faisant face à Lucifer dans un mauvais jour. Joschka défit les menottes, monta dans le camion, démarra et roula lentement sur le type, croutch, croutch, croutch. Il descendit, laissant le moteur tourner, pour constater que le gars était mort : Sweet home Llubjana, arf, arf, arf.

Il lui colla quand même un bastos dans la tête, histoire de. Puis il rangea son petit matériel, sauf le lacet devenu inutilisable.

Il se changea, mit ses fringues usagées dans un grand sachet plastique.

Lingettes (mains, figure, aisselles, gland), déo, mains dans les cheveux, casquette.

Fringues confortables, treillis gris et T-shirt noir.

Il fallait de la musique appropriée, tiens ZZ Top, Gimme All Your Lovin’.

Il était 2.13 du matin, l’heure de manger un truc et de boire une bière quelque part. Va pour le nouvel appart.

L’enfoiré qui faisait bosser les Bulgares sur le canal s’appelait donc Dragan.

Hallu : la face de Truie dans l’écran du GPS.

— Cher Joschka, je vois que tu as trouvé à occuper ta soirée. Bon, comme il est important de faire les choses dans l’ordre, il faut que tu passes chez toi. Tu y trouveras un dossier sur une fille que tu dois retrouver, une dénommée Marianne. Essaies de mémoriser un maximum de trucs sur son compte… C’est très important.

— Je peux poser une question ?

— Il faudra peut-être que tu la tues, Joschka, ou que tu travailles avec. Ca va dépendre.

Over.

L’écran revint alors à son état normal, proposant un menu complet de fonctions de guidage. Joschka se dit qu’il réfléchirait plus tard, et démarra. Le périph’ était désert, il fut rendu en vingt minutes, à 2900 tours-minutes.

 

Par Sacha Turnitoff - Publié dans : "La femme à tête de sanglier"
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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 14:52

« La femme à tête de sanglier », épisode 15

(manuscrit posthume de Simon Capital-Descroix)

 

 

Il était 23 h à la montre à aiguilles du camion. Il décida de se diriger vers le canal, pour se trouver une pute avec des jolies jambes. La circulation était fluide, Joschka sirotait du Lynyrden scrutant les allées piétonnes sableuses à vitesse réduite. Au bout de quinze minutes, il trouva son bonheur : une grande tige perruquée platine, avec des seins bien en avant. Parfait. Il s’arrêta devant, elle s’approcha et monta vite fait. Joschka avait laissé traîner trois billets de cent sur la plage avant, ce qui réduisit considérablement les palabres, pénibles avec cette fille de l’Est qui parlait pas trois mots de français. Ils se mirent d’accord pour un truc en route. Le Chevrolet, haut et spacieux, permettait ce genre d’agréments. Après ils s’arrêteraient sur le parking d’un routier à la sortie de la ville, une planque bien discrète et pas trop loin. La fille ne l’emboucha pas tout de suite. Elle avait visiblement une autre idée, se disant certainement qu’il y aurait pas mal de pognon à se faire.

— Je peux téléphone ? demanda-t’elle l’air de rien en tripotant son mobile.

— Bien sûr, te gênes pas. Prends une clope si tu veux aussi, fit Joschka avec une naïveté toute relative.

La conversation de la pute était bizarrement précise sur le futur immédiat de la grue. Elle était aussi entrecoupée de phrases en langue polak ou autre. Cela confirma Joschka dans ses soupçons : il était prévu qu’il tienne le rôle du dindon ce soir. A n’en pas douter, il allait se faire détrousser sur ce parking, qui s’il était l’endroit idéal pour tirer une crampe tranquille, était tout aussi indiqué pour se faire plumer par des malfrats.

Parano ? Allons, allons...

Ca allait pisser le sang.

Il espérait juste qu’il aurait le temps de fourrer la fille, qui allait finir prématurément une carrière prometteuse. Ce dernier point apparaissait quant à lui évident. Elle avait en effet commencé à le pomper tout doucement, en plaquant ses lèvres le plus possible, des ventouses. Pour endormir la vigilance du miché-Joschka, elle donnait tout ce qu’elle avait. Il se dit qu’il allait lui lâcher la purée, mais elle lui avait habilement mis une capote : aucun intérêt, donc. Il lui tapota la tête et lui fit comprendre qu’il ne voulait pas de plastique, que du cuir. Un billet de 50, et elle s’exécuta. Le Chevrolet roulait toujours peinard, sur la voie rapide qui ceinturait l’agglomération. Olga, mettons qu’elle s’appelle Olga, avait accéléré ses va-et-vients, en maintenant toujours la même pression – on n’est jamais déçu par du travail de professionnel. Joschka écarta ses genoux contre les parois de l’habitacle. Au moins un kilomètre de ligne droite faisait face au camion, il décida que c’était le bon moment. Tenant le volant d’une main, il appuya l’autre sur la tête de la fille, en l’incitant à accélérer sans rémission.

Alors, très vite, il se répandit dans la bouche soyeuse.

Elle continua à le branler un peu après, puis avala bien toute la substance. Joschka lui tendit la flasque de Jim Beam.

Elle ne la refusa pas.

Dix minutes de silence. La BO de Bullitt était partie pour un tour dans la platine.

Ils arrivaient maintenant sur le parking, bien vide et bien calme, éclairé de loin en loin par quelques pauvres lampadaires impuissants.

« Tu encore envie ?, lui demanda Olga alors qu’il garait le véhicule.

— Oui.

— Je recommencer ? »

Joschka sortit pour se mettre sur le siège passager. Cela lui permit de jeter un coup d’œil alentour : rien, à part des camions avec personne à bord. En changeant de place, il allait avoir la boîte à gants à sa portée, sans compter qu’il serait autrement plus à l’aise pour limer sans le volant. En reculant le siège, on avait vraiment de l’espace à l’avant du camion. Olga descendit lorsqu’il ouvrit sa porte de l’extérieur, et, ayant imprimé le sens de la manœuvre elle sortit. Il monta, retira les clés de contact, prit vite fait bien fait le Magnum sous le tableau de bord et posa le tout dans le vide-poches.

En passant devant le camion, cette chère Olga réajusta un peu ses bas à la lumière des phares, ce qui refila aussitôt le gourdin à Joschka. Il la tringla sans façon dès qu’elle fut rentrée dans le camion. Elle lui tournait le dos, de telle sorte qu’il sentait son cul galbé bouger contre son ventre tandis qu’il lui pelotait les seins de par derrière, pinçant fort les mamelons pour la faire gémir.

Il se sentit partir assez rapidement, se retira et vira la capote par la fenêtre puis se reboutonna avec difficulté. C’est toujours emmerdant de remettre son pantalon peu après le coït, à cause du chapiteau. Il s’alluma une clope, but une gorgée dans la flasque, aspira une longue taffe et la recracha lentement, tranquille et apaisé.

Assise maintenant à la place du chauffeur, Olga semblait un peu nerveuse : ses copains devaient être à la bourre. Joschka reboucha et posa l’alcool, mit la main sur son pistolet et décida de se renseigner. Tout d’un coup, il lui attrapa la nuque en lui plaquant le flingue sur la tempe et dit calmement :

— Qui as-tu appelé ? Qui attends-tu ?

— Personne, pas comprendre…, fit la fille complètement paumée dans sa trouille subite.

Joschka lui planta son couteau-papillon dans la cuisse. Tant pis pour les fauteuils en cuir. Elle se raidit, et hurla au bout de quelques secondes. Deux baffes, un ordre, et elle fermait sa gueule.

Play it again.

Avec un peu de lassitude dans la voix :

« Bon, alors, tu te rappelles mieux maintenant ? Qui as-tu appelé ? Qui attends-tu ?…

— Je téléphone trois amis pour voler toi, jeune et beaucoup argent, lâcha Olga, qui ne demandait désormais qu’à s’épancher.

La scène était drôle et un peu excitante aussi, mais la syntaxe rendue grotesque par l’approximation gâchait un peu le moment.

— Dommage que tu aies fait ça, car… je suis méchant tu sais, dit Joschka sans desserrer les dents.

Il ouvrit en grand la portière côté conducteur, en passant son buste au-dessus des jolies cuisses.

Les dernières paroles d’Olga furent prononcées par Joschka, les yeux dans les yeux, rapide :

— Tu crèves, maintenant.

Quand on tire, on raconte pas sa vie.

Il lui mit un pruneau dans la tempe, la fit choir sur le gravier du parking, avant de lui en coller un autre en pleine poire. Vie de merde achevée sans souffrances inutiles. Tu seras mieux là où tu vas ma fille – enfin quoique…

Il démarra le camion sans allumer les phares, et roula lentement et sans bruit vers l’endroit où le mur du parking, toujours aussi vide et blafard, faisait une sorte d’angle, un saillant de sept à huit mètres. Joschka stoppa son véhicule contre le mur, de telle sorte que la calandre dépasse de trente centimètres. Il en sortit, et prit le Famas logé dans un espace aménagé du coffre. Quel véhicule remarquable, tellement fonctionnel ! songea Joschka avec respect. Puis il grimpa le mur en pierres un peu disjointes et se coucha sur le remblai qui arrivait presque au sommet des moellons.

Par Sacha Turnitoff - Publié dans : "La femme à tête de sanglier"
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Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /Mai /2008 13:42

« La femme à tête de sanglier », épisode 13

(manuscrit posthume de Simon Capital-Descroix)

 

Des trucs à faire :

Discussion avec Mémé : OK, après quelques réticences (de principe ?). Elle a finalement pas l’air mécontente de sa nouvelle vie qui commence. Très bien.

Déménager : trois merdes à faire suivre, plus les disques et les bouquins. Quatre allers et retours dans les escaliers étroits et c’est réglé, tout est chargé dans le Chevrolet.

Le camion : parfait. Noir brillant, vitres fortement teintées, plein d’essence, cartouches de Dunhill rouge et flasque de Lagavulin dans le vide-poches, chargeur CD plein  [Metallica, ZZ Top, Samael, Herbie Hancock, Black Sabbath, Dimmu Borgir]. Colt Magnum 44, Famas, lacets de cuir, fouet à lanières, menottes, couteau de chasse et un flacon d’acide sulfurique – tiens ? – dans la boite à gants.

Passage bref au boulot : discussion avec le patron du Petit Poisson, rendue cordiale par les billets glissées en dédommagement de l’absence de préavis. Joschka se savait de toutes façons éminemment remplaçable.

Libre. Puissant.

Lorsque Joschka sortit du Petit Poisson, il prit deux secondes pour bien réaliser sa nouvelle vie qui commençait.

Libre. Puissant.

Il se sentait ivre, les sens grisés par l’immense champ de possibilités qui s’ouvrait à lui. Par quoi commencer ?

Assis dans le camion, Joschka but un coup. Il se vissa ensuite sur le crâne la casquette des Boston Bruins qui, délicate attention, traînait sur le siège passager. Coup d’œil dans le rétroviseur intérieur : beau, libre, puissant.

Il décida alors d’aller à son bar habituel, où il avait une note qui traînait depuis quelques temps. En ville, le camion était un peu encombrant, mais c’était un plaisir sans nom de rouler dedans, en dominant l’agitation des berlines grises métallisées anonymes. Sentir les litres d’essence partir en fumée, pour cramer un peu plus ce qui reste de planète en bougeant les deux tonnes du véhicule, ça aussi c’est bon.

Dans l’embouteillage, rôdait ainsi le Diable en personne, Joschka, le petit con devenu quelqu’un d’exceptionnel.

Il se gara devant le rade Chez Paulo, prenant son temps pour faire son rangement en bataille devant la façade vitrée afin que les clients remarquent bien le carrosse. Les sept ou huit personnes présentes tirèrent une drôle de gueule en voyant son conducteur en descendre. Joschka savait que la première chose que le patron avait pensé, c’est qu’il allait enfin avoir son pognon. Et après tout…

Chez Paulo, c’était un endroit attachant, une sorte bar un peu anglo-saxon, avec des loupiotes tous les mètres du large comptoir dépoli, cosy mais miteux en même temps. Musique : de Lynyrd Skynyrd à Allman Brothers Band, Thin Lizzy aussi. Au fond de la pièce, un escalier qui menait aux chiottes. Aux murs, des affiches de concert et des photos de bayous. Un drapeau sudiste au dessus d’un calendrier Pirelli de 1974 (l’année de la sortie de Sweet Home Alabama), pièce de musée qui faisait la fierté de tous. La clientèle : des étudiants au foie un peu malade, des types sans âge plaqués par leur femme, et quelques filles-femmes plaquées par leurs gars. Des ouvriers ou VRP de passage, aussi.

Joschka n’avait jamais compris comment la clientèle habituée des deux sexes pouvait se côtoyer aussi souvent dans un endroit pareil et baiser aussi peu ensemble. Ou alors on lui disait pas tout, et c’était sûrement ça. Il y avait sur la droite de la pièce un passage qui coupait le mur couvert de lambris en diagonales, et qui menait à un espèce de salon, où l’on pouvait s’asseoir peinard et siffler du whiskey toute la soirée. L’endroit était bien insonorisé, et n’avait aucune fenêtre, ce qui permettait de s’y achever après l’heure légale.

Joschka entra avec un petit sourire, sûr de son effet.

— Salut Paulo. Tu me sers une bière, s’il te plaît ?

— Avec plaisir mon gars !

Le barman, moustachu sympathique, ne pouvait décemment pas se contenir plus longtemps :

— Dis-donc, t’en as une belle bagnole, c’est à toi ce monstre ?, dit-il un peu narquois.

— Ouais, ouais…, dit Joschka un peu négligemment.

— Ben l’enfoiré, t’as gagné au Loto ou quoi ?, dit Ross (en vrai : Robert) en partant dans un rire gras bien caractéristique. Ross, c’était un glandouilleur accro au rock 70’s et au look Harley, mais qui était toujours en rade de fric pour faire rouler son ange de la mort chromée.

— Ben oui, justement.

— Allez, charrie pas, c’est quoi le truc ?, dit Paulo, traduisant par cette interrogation le fond de la pensée de toute l’assemblée.

— Ben, j’ai gagné au Loto. Tiens, voilà de quoi payer mon ardoise, et mettre des coups à la compagnie. Je vais pas rester toute la soirée, quand y en aura plus, vous vous arrêterez », dit Joschka en glissant un billet de 500 à Paulo.

 

 

« La femme à tête de sanglier », épisode 14

(manuscrit posthume de Simon Capital-Descroix)

 

Le geste fit ouvrir des yeux comme des billes aux buveurs et siroteuses présents.

Ils étaient sciés.

Outre Ross et Paulo, il y avait là :

Marc, 25 ans, serveur au Basilic, une pizzeria proche. Comme il était dans le bussiness rital de pacotille, on l’appelait Marco, ce qui n’était pas très original.

Anne-Sophie, 39 ans, dite Maya, peintre abstraite et alcoolique concrète, nana moyenne et fauchée, avec quelques rides et un joli cul. Elle suçait un peu Paulo de temps en temps pour picoler sans trop se mettre à découvert.

Berti, la cinquantaine, fils d’un sous-officier SS et d’une veuve de guerre presque inconsolable, qui avait ses sympathies nazillonnes mais adorait le jazz. Un type un peu torturé, donc, peintre en bâtiment qui passait son temps à essayer de fourrer Maya en lui disant qu’elle faisait, avec ses toiles, ce que lui ne savait pas faire avec ses grosse pattes, sans comprendre, donc, qu’une fille comme elle cherchait profondément un type à admirer plutôt qu’un amoureux transi. Leurs origines d’outre-Rhin communes les rendaient assez proches, Joschka et lui.

Jean-Pierre, dit Playboy, un beau mec sur le retour qui du haut de ses quarante balais et de ses six-cent soixante-dix chattes reniflées, ne crachait pas sur les jeunes mecs une fois en passant. On n’avait jamais réussi à lui faire avouer, même avec du Picon dans sa bière, s’il était du genre à se faire enfler la rondelle. Du coup, on pensait que c’était le cas, mais qu’il assumait pas bien. Il était cadre commercial dans un grand magasin de bricolage en banlieue.

Linda, dite Moumoune, rouquine grasse bientôt ménopausée, était le vide-couilles de la compagnie. Tout le monde y était passé dessus sans s’en vanter, même Joschka. Moche, mais propre, elle préférait ça plutôt que de s’épuiser à trouver un gars un peu valable. Elle disait toujours qu’il ne faut pas livrer les batailles qu’on ne peut pas gagner. Et finalement, tout le monde y trouvait son compte.

— Putain, il plaisante pas l’enculé, murmura Playboy de façon audible.

— Et on peut pas dire que tu sais pas de quoi tu parles, quand tu causes comme ça, rétorqua Joschka, provoquant une hilarité bienvenue et bon enfant qui mit tout le monde à l’aise.

Paulo servit tout le monde en roteuse supérieure, pintes de 1664 à tous les étages. Tous trinquèrent à leur ami devenu subitement si cher. Tous aimaient bien Joschka, brave type au fond, même s’il faisait souvent chier avec ses accès de déprime qu’il tentait de noyer dans la cuite, quand il n’aurait eu besoin que d’une bonne part de tarte aux poils. De fait, personne se serait trop bougé le cul auparavant pour le sortir de la merde, mais tout le monde était bien décidé à l’aider dans sa nouvelle situation. Et justement…

Maya se rapprocha de Joschka avec des yeux de chatte et lui caressa la nuque en le remerciant. Les yeux baissés et un sourire coquin, elle venait de lui envoyer un fax mental : quand tu veux, où tu veux, combien je veux. En voilà une qui ne perdait pas de temps. Tous gens fort désintéressés, les artistes… Joschka l’avait parfois convié à ses parties de jambes en l’air mentales, et il se dit qu’il se l’attraperait bien dans le camion, puis sur le chrome chaud, dans la campagne, au soleil…

— Tu vas enfin pouvoir t’en farcir, des petites Bulgares du canal à la nuit tombée, lança Playboy.

— Tu chialeras plus dans ton verre en attendant la fille, la bonne, celle qui te comprendrait et qui voudrait un peu t’aimer, ricana Ross.

— Hé les mecs, mollo, tempéra Marco, Joschka est un gars sympa, et il vient de nous prouver qu’il nous oublierait pas, nabab ou pas nabab. Faudrait voir à pas le froisser.

— Tout à fait, sourit Joschka, d’autant que je pourrais bien faire quelques fois appel à vous pour des trucs un peu spéciaux. Et je serai pas bégueule sur la rétribution…

— Quels “trucs un peu spéciaux” ? s’enquit Berti. Il avait gradé le silence jusque là, jaugeant comme à son habitude la situation avant de s’en mêler. Cette attitude le conduisait d’ailleurs bien souvent à ne pas s’en mêler du tout, signe de grande sagesse.

— Ben, je compte pas me gratter toute la journée en attendant que la mort vienne me cueillir pétant dans la soie. J’ai lâché mon boulot, mais je compte bien m’occuper. En fait, je voudrais, avec le temps que j’ai, devenir une sorte de détective privé bénévole. Prendre les problèmes de gens qui le méritent, et les régler à ma manière. Ca peut nécessiter un peu de main d’œuvre.

— Mais qu’est-ce que tu vas aller t’emmerder ?! dit Ross. Claque ton blé, fais-en profiter un peu tes potes, prends du bon temps et voilà…

— Je note donc que tu n’es pas partant…

— Oh, attends, j’ai pas dit ça, j’ai même pas dit ça du tout. Non, si tu as besoin de personnel, pour quoi que ce soit, pas de problème. Et tu sais où me trouver.

Sur ce, Joschka dit qu’il avait à faire, il salua tout le monde et partit. Ah si, juste avant il jeta un œil au journal qui traînait sur le bar : l’assassin de la pauvre petite postière de la rue Bardon avait été arrêté, et avait tout avoué.

 

Par Sacha Turnitoff - Publié dans : "La femme à tête de sanglier"
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Lundi 28 avril 2008 1 28 /04 /Avr /2008 21:09

« La femme à tête de sanglier », épisode 12

(manuscrit posthume de Simon Capital-Descroix)

 

— Elle a raison ta Mémé, t’es un bon petit en fait. Mais ne réfléchis pas trop, ceci dit. Si je t’ai choisi, c’est que j’ai vu en toi le petit jouisseur manipulateur contrarié dont j’ai besoin pour mener certains projets à bien. Pas plus. Tu es mon Black Dog, Joschka. Et tu es parti pour une sacrée Magic carpet ride, je peux te le dire. J’ai de grandes ambitions pour toi

— Mais euh, pour commencer, je voudrais savoir ce que Jessica va devenir ?…

— Elle n’est pas rentrée du lycée. Ses parents sont assez inquiets, ils se préparent à lui mettre un savon terrible. Mais en fait, la prochaine fois qu’ils la verront, ce sera à la morgue, dans un sac à viande avec une fermeture-éclair dont ils ne pourront jamais oublier le bruit du glissement, je le sais, c’est toujours comme ça. Elle a été enlevée par un maniaque sexuel opportunément libéré de prison, sous surveillance, il y deux jours : tous les psychologues ont conclu, on se demande bien pourquoi, sont-ce des amis à moi ?, à de fortes chances de réinsertion. Il l’a fait monter dans sa voiture entre midi et deux, alors qu’elle rejoignait ses copines – adorables, soit dit en passant – à leur sandwicherie habituelle. Elles ne l’ont pas vue, ni pour manger ni l’après-midi. Elles ont pensé qu’elle avait fait le mur. C’est une chipie cette Jessica…

– Pas faux, ça.

– Cesse de m’interrompre. On va la retrouver dans trois jours dans un étang en Sologne. Elle aura été violée et battue à mort, mais insuffisamment lestée avant d’être plongée dans la flotte. Le meurtrier ne sera pas retrouvé. Dans un futur plus ou moins proche, il se pourrait même qu’il croise ton chemin… Bon, rassuré ?

— Oui, oui, tout à fait. Tu t’occupes bien de moi, merci. Mais enfin, il faudra quand même que je sache à un moment donné quel est le deal ? Qu’attends-tu de moi ?

— Il est des choses que tu n’as pas besoin de savoir pour le moment. Contentes-toi de faire ce que bon te semble, et… ainsi, tu agiras dans la bonne direction, en attendant mieux. Va, maintenant.

Démerde-toi avec ça… Quelle putain de tarée mystique... Joschka la regarda fixement, sans bouger.

— Qu’y-a-t’il mon petit ?

— C’est-à-dire que… je pense à quelque chose. Tu pourrais encore revoir le scénario ou c’est trop tard ?

— Je peux toujours tout arranger. Que veux-tu au juste ?

— Bon alors voilà : je voudrais une deuxième chance avec Jessica. J’aimerais qu’elle ne soit pas morte, j’aimerais re-faire sa connaissance pour qu’elle succombe à mon charisme. Là, je l’aurais à ma disposition, enfin, tu vois.
Joschka voulait se faire sucer par Jessica. Laie croisa les bras, et lui dit  :

— D’accord, tout est arrangé, il ne s’est rien passé et tu pourras la retrouver demain samedi à la boite La Nuit Folle. Elle se fera chier toute seule, tu verras.

— Bien, bien… Merci beaucoup…Et… euh, enfin… aussi, voilà : j’aimerais bien avoir une autre crèche. Genre duplex avec grandes fenêtres et insonorisation soignée.

— J’ai déjà tout arrangé. Je voulais te faire une surprise.

— Ah merci alors. Et c’est où ?

— 576, allées des Soupirs, en face du parc Moirot. Les clés sont dans la poche de ta veste. Tu trouveras dans ce sac un nécessaire pour ta vie quotidienne.

Elle lui tendit un sac de sport de grande taille, rempli de coupures de 20, 50 et 500 euros : il y en avait pour au moins 100 ou 150.000. Terrible. Avec ça il allait pouvoir se faire une garde-robe de folie, et s’acheter tous ces imports qui le tenaillait depuis si longtemps. Et ce pick-up Chevrolet avec hard-top et V8…

— Considère que tu possèdes déjà tout ceci. Le camion est en bas de chez toi, et les placards de ta nouvelle chaumière regorgent de toutes les tenues possibles. Ce pognon-ci, c'est pour les virées. Du champ’ à Jessica demain, des nuits d’hôtel, ce genre de choses…

— Cool. Et pour Mémé ?

— Explique-lui que tu lui as trouvé une petite maison à la campagne, avec une assistante à temps plein. Voici l’adresse : lieu-dit Les Aulnes, près de P. Un VSL viendra la chercher après-demain vers 9 h. Il ne faut plus que tu l’aies par les pattes. Tu iras la voir de temps en temps, et puis voilà. Une dernière chose : tu viens de gagner trois millions d’euros au Loto. N’oublies pas d’annoncer ça aux gens.

— Pour qu’ils ne se posent pas de questions… Bien joué.

— Je ne te le fais pas dire. Bon, maintenant, je me casse. Je te ferai signe.

— Cool. Merci pour tout, hein.

— De rien, et arrête de dire « cool » à tout bout de champ, ça me les gonfle.

Laie disparut de la pièce.

Par Sacha Turnitoff - Publié dans : "La femme à tête de sanglier"
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Mercredi 23 avril 2008 3 23 /04 /Avr /2008 10:53

« La femme à tête de sanglier », épisode 10

(manuscrit posthume de Simon Capital-Descroix)

ATTENTION – POUR PUBLIC AVERTI

 

Pendant qu’elle continuait à s’époumoner, Joschka mouilla son index et le fourra pas trop durement dans le fion de la jeune fille. Lorsque celle-ci fut malgré elle un peu rétractée, il ajouta son majeur et entreprit un va-et-vient légèrement pivotant. Ça n’avait pas l’air de lui plaire... Il prit alors la bouteille, lui écarta les jambes et avec une brutalité disons… concrète perfora l’anneau de la naïade exorbitée. Le sang jaillit. Il la remit sur le dos, non sans avoir d’abord disposé sous son dos deux coussins du canapé pour que la canette ne soit pas déstabilisée par la suite. Deux secondes plus tard, il la pénétrait, tout doucement pour bien sentir la chatte resserrée. Joschka était d’humeur à plaisanter un peu : « Dis donc t’es une vraie chipie toi ! T’es même pas une première main ! A ton âge ! C’est scandaleux ! Je me demande bien ce que vont dire tes parents quand ils vont l’apprendre... ». Lorsqu’il fut bien dedans, il commença à limer furieusement, sans dire un mot, en la regardant droit dans les yeux. Elle était déjà morte du dedans. D’ailleurs elle ne mouillait guère. C’était au demeurant une sensation fabuleuse que l’étroitesse de ce vagin récalcitrant. Joschka sentait monter des flots de foutre, mais il arrivait étonnamment bien à faire durer l’ascension. L’idéal aurait bien sûr été que Jessica finisse aussi par y trouver un peu son compte, mais ça n’en prenait pas le chemin. Bon, où allait-il gicler ? Ca lui chatouillait les couilles comme jamais… sa figure arrogante : sentant venir l’explosion, il se retira, défit le bâillon, et maintint une emprise forte avec sa main libre sur le front de Jessica. Résultat immédiat : elle poussa une plainte infernale, lugubre presque, et vit ainsi sa bouche se remplir aussitôt d’une gigantesque rasade de foutre chaud. Joschka se vidait littéralement en grognant. Jamais il ne se serait cru capable d’une telle intensité dans l’éjaculation. Les traits brûlants étaient incroyablement fournis, et se succédaient les uns aux autres, semblant ne devoir jamais s’arrêter, ce qui finit pourtant par arriver. Aux anges. Il fut sorti de sa transcendance par les quintes de toux terribles qui émanaient du gosier bien lubrifié, de sa nouvelle amie. « Merde, me dis pas que t’as avalé de travers ! »; lui dit-il gentiment, tout à la fois apaisé et amusé. Elle n’avait malheureusement pas envie de sourire. Il mit doucement sa main derrière sa nuque afin de lui permettre de correctement déglutir. Ce qu’elle fit avec un dégoût indicible, mais qu’elle fit tout de même, soumise et écœurée, pendant qu’il lui caressait doucement les cheveux. « On aurait vite fait de devenir sentimental », pensa Joschka en mettant sa main à la poche, située évidemment au niveau de ses chevilles.

Devant ses yeux de mortelle en stand-by, il déplia la lame, extrêmement taillante, du couteau-papillon et en glissa sensuellement la pointe sur le visage. Jessica pleurait, mais l’horreur avait serré sa gorge. Peu après elle était défigurée. Joschka glissa alors le couteau dans l’orifice sexuel principal de sa compagne et entama des va-et-vient lents et appuyés. Il débitait sa chatte en jambon d’York, en quelque sorte. Elle se remit à crier, et se trouva à nouveau bâillonnée. Il entama alors l’acte final. Il fit pivoter la lame vers le haut de la fente, puis scia toute la chair qui se laissait scier. Le trou devenait gouffre ensanglanté. Il regretta de ne pouvoir continuer à l’ouvrir par le milieu : son couteau était inadapté. Il le planta alors au cœur, six fois consécutives avant de le retirer et de l’essuyer avec le napperon tombé de la table basse.

Quand ce fut fait, il se rendit compte qu’il était là depuis vingt minutes. Il encourait des désagréments à prolonger son séjour. « Tu es une vraie petite garce toi » lui susurra-t-il en lui mordillant le lobe de l’oreille. Puis il disparut de ce qui était jusqu’à peu le champ visuel de sa récente conquête. Dans le couloir, il changea de tee-shirt : on ne regrette jamais d’avoir été un peu prévoyant. La petite chatte avait bien pissé le sang.

La sortie de son pavillonnaire périmètre d’excitation ne présenta pas de difficultés à Joschka. Il se retrouva dans la rue, toujours aussi déserte, et décida de repartir comme il était venu, l’air de rien. Ses jambes et ses mains tremblaient légèrement. Il sentait un peu de sueur à divers endroits de son corps, et particulièrement sous les bras. Il sentait son caleçon un peu humide, lui aussi. « J’aurais du m’essuyer un peu avant de partir » songea-t-il en haussant les épaules. Ce n’était pas important. Rien ne l’était du reste, sinon ce pied gigantesque qu’il venait de prendre. Rien d’autre ne comptait : ni les multiples empreintes qu’il avait laissé sur place, ni son sperme qui normalement suffirait à le trahir...

Alors qu’il arrivait en vue du bout de la rue, une voiture passa à ses côtés. Dedans il y avait un type de 40 ou 45 ans, sapé en cadre moyen, dans une Renault Laguna de couleur verdâtre. Instantanément il pensa « Bon Dieu, le père de Jessica... ». Rien ne l’indiquait, c’était pas écrit sur son pare-brise, mais ça ne faisait pas de doute. Il s’étaient croisés du regard, comme des millions de piétons le font avec des millions d’automobilistes tous les jours, mais là c’était différent. Il l’avait remarqué, il allait arriver chez lui, découvrir les macabres exploits de Joschka, s’effondrer par terre, en larmes, puis prévenir la police, sa femme... Et plus tard, lorsque l’enquête aurait démarré, il se souviendrait de ce type qu’il n’avait jamais vu dans le quartier auparavant. « Vers quelle heure l’avez-vous croisé ? », demanderait l’enquêteur. Il répondrait que c’était en rentrant du boulot, vers cinq heures et demie. On établirait que ça collait avec l’heure du décès. Joschka serait alors le type mystérieux suspect n°1, mystérieux tant que ses empreintes n’auraient pas été identifiées, toutefois... Il deviendrait alors un des meurtriers les plus recherchés de France, et le cauchemar débuterait vraiment. « Oui mais non… », réfléchit ensuite Joschka, en ricanant intérieurement... Il redescendit tout de suite de son petit nuage paranoïaque grâce à cette bonne pensée. Il était arrivé à l’arrêt de bus, celui de tout à l’heure, celui que n’utiliserait plus jamais une jeune fille promise à une vie pleine de bonnes choses.

 

 

« La femme à tête de sanglier », épisode 11

(manuscrit posthume de Simon Capital-Descroix)

C’EST BON, ON RETOMBE SUR DU CLASSIQUE

 

Le bus était presque vide, il n’eut pas de mal à s’asseoir. Il n’était pas comblé, pas assouvi ; la testostérone et la frustration cognaient à la porte, encore. Il sentait monter une envie nouvelle, envie d’une autre chair, désir d’une autre vie. Il décida cependant de rentrer chez lui, dans l’espoir que la Femme à Tête de Sanglier[1] viendrait boire un coup – c’était l’heure ! – et le rassurerait tout à fait.

Elle était déjà là, assise à fumer un petit cigare dans le canapé un peu pourri. Joschka entra, un silence s’installa. Mémé passait le balai, elle ne l’avait pas vue et elle ne La voyait pas. Mémé n’était pas une Elue, apparemment. Ou alors elle en avait rien à battre. Les deux hypothèses étaient également crédibles. Si ça se trouve, tout ce qu’elle avait trouvé à Lui dire, c’était de lever les pieds, qu’ils gênaient pour nettoyer et qu’elle avait pas que ça à faire, que les gens qui travaillent il faut y faire attention, surtout quand on est installé à trop rien foutre, un peu comme vous, là, madame, qu’elle te foutrait tout ça au boulot, elle, que c’était pas le travail qui manquait et pis que faut quand même faire bouillir la marmite... C’était bien son expression favorite celle-là. Enfin bon, elle resterait elle-même, pas prête à se démonter devant la première hippie un peu louche venue, qui plus est se pavanant dans le canapé, alors qu’elle avait du travail, et que le travail ça se respecte, et que... On ne pouvait rien savoir pour le moment.

— Bonsoir Mémé, je suis rentré, dit Joschka avec une voix qu’il aurait voulu neutre et enjouée, mais qui ne réussit qu’à être un peu chevrotante.

— Oh, Joschka, tu t’es bien essuyé les pieds ?

— Et oui Mémé, je ne veux pas que tu te sois donné tout ce mal à astiquer pour rien, tu comprends ?

— Brave petit, va. Finalement, hein, tous ces pieds au cul que je me suis épuisée à te donner pendant toutes ces années... et ben ils auront pas été inutiles, en fin de compte...

Joschka ne répondit rien. Son regard en croisait un autre, sensuellement porcin celui-là. Laie lui dit :

— Allons ailleurs, Joschka. Nous avons certaines choses à discuter, je pense. Tu as bien une chambre à toi ici, si je ne m’abuse ?

Joschka hocha la tête.

— Nous y serons bien, allons.

Ils allèrent dans la chambre du meurtrier. Elle mit du Led Zep dans la platine, le IV, puis s’assit sur le clic-clac à carreaux, Joschka sur le petit coussin avec des grosses fleurs seventies juste en face. Un bref silence s’installa, finalement rompu par Elle :

— T’as frappé fort, Joschka. L’impunité t’es montée à la tête il me semble.

— J’ai adoré faire ça tu sais. Est-ce que… ?

— Est-ce que je vais te couvrir ? Bien entendu. Tu es un Elu, tu es sur Terre afin d’accomplir les desseins des divinités, supérieures ou subalternes, et cette lourde tâche comporte des avantages… Tu es assez malin, ou assez con, pour ne pas poser de questions, Joschka, c’est bienn.

— Ah…, fit Joschka l’air pensif, je comprends un peu mieux maintenant pourquoi j’ai été choisi, pourquoi une telle considération.

— Tu n’es pas vexé au moins ?

— Oh non, pas le moins du monde. Je prends ce qu’on me donne, moi.

 



[1] Il semble que Simon Capital-Descroix ait intégré le personnage qui donne sont titre au récit sans en informer le lecteur. Il l’appelle indifféremment la Femme à tête de Sanglier, la Femme, Elle, ou encore Laie. Cette maladresse résiduelle est probablement dûe à son décès brutal, qui ne lui aura pas laissé le temps d’y remédier, paix à son âme (note de Sacha Turnitoff).

Par Sacha Turnitoff - Publié dans : "La femme à tête de sanglier"
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